L’attribution des prénoms indigènes à un nouveau-né ressort du rôle indispensable et indiscutable des parents et constitue un facteur très déterminant voire décisif dans la vie de tout individu. Cependant, le constat amer est que bien de parents béninois banalisent, de plus en plus cette responsabilité de nos jours. Un acte qui ne manque pas d’avoir de répercussions dans la vie des victimes. Quels facteurs justifient ce constat ? Quelles mesures envisager pour l’éviter ? Les personnes avisées nous en disent long.
« Chaque enfant a droit à une identité dès sa naissance. L’identité est constituée du prénom, du nom de la famille…», stipule le code sur les droits de l’enfant en son article 25. « En aucun cas, le prénom attribué à un enfant ne peut revêtir un caractère injurieux, humiliant ou provocateur », poursuit et martèle le même code. La preuve que l’attribution d’un prénom, de surcroît celui indigène, ne doit être aucunement banalisée mais doit être plutôt faite avec tout le sérieux, vu tout ce chapelet diversifié de richesses vitales qu’il apporte à un individu. Pour le père Euphrem BADOU, Prêtre de Jésus de l’Eglise catholique romaine, « Le prénom indigène est tout un projet de vie : il peut être une phrase appréciée ou un mot qui résume tout le projet de vie de l’enfant qui vient d’arriver », a-t-il expliqué. Un point de vue qu’ont diversement défendu d’autres personnes. Selon Loth Okry AKPO, « Le prénom indigène attribué à un individu permet d’identifier ou de reconnaître l’identité culturelle de celui-ci. C’est aussi un prénom qui prépare l’individu aux différentes circonstances de la vie car il lui parle quotidiennement, l’éduque, l’encourage et le sauve parfois », a précisé le promoteur de la culture Idaasha. Il poursuit en illustrant son argumentaire : « Lorsqu’en milieu idaasha, on donne par exemple le prénom « íshɛ́ lérè » qui signifie littéralement « le travail a d’avantages», c’est pour exhorter ou susciter, d’une part l’individu qui le porte au travail mais lui enseigner aussi, par ricochet, qu’il doit, à tout prix, éviter tout penchant à la paresse ». Il est alors clair, sans doute que les prénoms indigènes sont pleins de sens et porteurs de richesses culturelles. C’est ce qu’ont tenté d’avancer aussi messieurs Kinmagbahohue Bidossessi Hervé, Honoré Aboh et Alassane Souna, respectivement Psychologue en sciences de l’éducation, Professeur certifié d’allemand au secondaire et Linguiste en didactique des langues. Pour le psychologue, les prénoms indigènes présentent toute une kyrielle d’avantages : « Les prénoms indigènes sont des porte-paroles de notre héritage culturel. Ils renferment des significations profondes liées à la tradition, à l’histoire et à la spiritualité. Attribuer un prénom indigène authentique à un enfant est un acte de préservation de la culture, un moyen de transmettre des valeurs ancestrales et de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté. De plus, ces personnes sont souvent uniques et mémorables, ce qui contribue à l’identité individuelle », a-t-il détaillé. Le professeur, quant à lui, pense que les prénoms indigènes sont beaucoup plus liés aux circonstances prénatales : « Les prénoms indigènes marquent toujours des évènements qui se sont produits aux moments où l’enfant naissait. Par conséquent, ceux-ci le suivent et le protègent toute sa vie», a-t-il soutenu.
Le linguiste renchérit plutôt le psychologue en mettant un point d’honneur sur la valeur traditionnelle de ces prénoms : « Une bonne attribution d’un prénom indigène à un individu permet à celui-ci d’être toujours en connexion avec les réalités coutumières », a-t-il reprécisé. Toutes ces analyses montrent clairement alors l’importance capitale de l’attribution des prénoms indigènes authentiques dans l’épanouissement et l’accompagnement d’un individu. Nonobstant ces avantages, le constat désolant dans nos sociétés contemporaines est que, pour telles ou telles raisons, certains parents banalisent ou n’accomplissent pas du tout ce rôle à eux pourtant réservé.
LES RAISONS DE CE CONSTAT
L’influence accrue des cultures étrangères, la sournoiserie ou la cruauté des parents (élargis), la mondialisation, l’avènement des nouvelles religions, la civilisation et parfois l’ignorance des parents, voilà en effet les principales raisons justifiant cet état de chose que la quasi totalité des personnes que nous avions avisées ont évoquées. « C’est l’influence des célébrités extérieures qui favorise de plus en plus cette banalisation parce que ces personnes célèbres ont une valeur ou une renommée nationale ou internationale », nous a informés abbé BADOU. Abondant dans le même sens que le prêtre, le promoteur culturel Loth AKPO parle dans un premier temps de la civilisation avant d’ajouter que cette banalisation relève de l’ignorance des parents : « Certains parents banalisent ce rôle parce qu’ils se croient assez civilisés et pensent que ce que faisaient nos aïeux est déjà révolu, donc il faut en finir. Par ailleurs, c’est l’ignorance qui amène parfois d’autres à négliger cette responsabilité », clarifie t-il. Le psychologue, justifiant ce point de vue, déclare que « C’est le manque de connaissances sur la signification profonde de ces prénoms qui pousse parfois certains parents à cette banalisation». Alexis AGBRA, ancien journaliste animateur en langue idaasha à la radio Lèma de Dassa-Zoumè, apprécie autrement les causes de cet acte en mettant plutôt un point accusateur surtout sur l’invasion des religions exogènes en Afrique et la sournoiserie des parents élargis : « Le socle de toutes les causes pour moi reste et demeure l’influence et l’affluence des religions étrangères, ainsi que la cruauté ou la sournoiserie des parents (tantes, oncles, …), qui, censés attribuer ces prénoms deviennent plutôt responsables de la chute de l’individu concerné plus tard», a-t-il soutenu mordicus. Juliette Amoussou, ménagère, soutient également ces raisons: « Certaines religions cautionnent cette banalisation car leurs croyants refusent même de baptiser leurs enfants avec les prénoms indigènes. Le comble est que la méchanceté des parents élargis fait que certains parents banalisent cela », a ajouté la septuagénaire. Cependant, une telle banalisation de ces prénoms ne manque pas d’affecter ou d’influencer négativement la vie des personnes victimes.
LE CORTÈGE DES REVERS DE CETTE OBSERVATION
La banalisation de l’attribution des prénoms indigènes authentiques laisse des répercussions fâcheuses qui jalonnent l’histoire des concernés. En effet, cela peut conduire à la perte de l’identité culturelle des victimes et par ricochet leur déconnexion à leurs origines. A en croire, le psychologue, «Lorsque les prénoms indigènes perdent de leur authenticité, les individus qui en sont affublés peuvent ressentir un décalage entre leur identité culturelle et leur prénom. Cela peut engendrer un sentiment de perte d’identité et de déconnexion de leurs racines. De plus, la stigmatisation ou la difficulté à prononcer un prénom indigène peut entraîner des problèmes sociaux et psychologiques pour la victime». C’est d’ailleurs ce que vient confirmer le professeur Aboh lorsqu’il affirme qu’« Un enfant qui n’a pas de prénom indigène authentique est comme un enfant sans boussole, sans repère, donc sans racines. Il est semblable à une feuille morte que le vent balance à sa guise». Il est alors impératif que des mesures idoines soient envisagées afin d’éviter d’en arriver aux dérives.
LES PALLIATIFS
Des pistes palliatives Pour préserver où restaurer l'attribution des prénoms indigènes authentiques, il faut surtout éduquer et sensibiliser les populations africaines sur les avantages de ce type de prénom dans la vie d'un individu. On peut, à cet effet mettre à contribution tous les canaux : les mass médias, les églises...« Il faut sensibiliser surtout les parents citadins sur l'importance capitale des prénoms indigènes bien donnés à un enfant», a préconisé le professeur. Par ailleurs, le linguiste va très loin en parlant d'une sorte d'encadrement sérieux pour sécuriser ou sauvegarder dorénavant ces prénoms : « Avoir une loi obligeant les parents à donner les prénoms indigènes avant ceux importés, disposer d'une base de prénoms indigènes sur le plan national dans chaque famille selon l'aire culturelle», a-t-il proposé. Pour finir, le journaliste animateur a appelé les Africains croyants aux religions importées à une prise de conscience dans ce sens :« Les croyants et sympathisants des religions étrangères doivent éviter d'appliquer à l'aveuglette certaines prescriptions religieuses», insista-t-il avant d'inviter les Africains en général à une modération dans l'application des programmes que nous offrent les mass médias modernes mais aussi à un changement de mentalité pour un meilleur épanouissement du cocon familial: « J'exhorte les parents de chaque famille africaine à s'aimer mutuellement et à éduquer leurs enfants en s'appuyant plus sur les richesses de nos réalités culturelles afin que le monde technologique ne nous emporte point dans ses flots», a-t-il conclu.
Toutes ces considérations peuvent porter à, davantage croire que la colonisation et la modernité ont déjà envahi et dénudé certaines réalités africaines : des cheveux aux orteils mais aussi de la peau vers les moelles déjà.
✍️ Claude Angelo GANHOTO (Stg) & LAWIN K. Fidèle
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