À l’heure où Mathurin de Chacus s’apprête à passer le témoin, sauf retournement de situation, à Marcellin Bocovè, seul candidat à l’élection du 25 août 2026, le football béninois doit regarder au-delà de la succession à la tête de la Fédération béninoise de football (FBF). Entre sélections nationales, championnats locaux, professionnalisation des clubs, formation et performances africaines, les chantiers sont nombreux et appellent désormais des décisions fortes.
Une succession qui se profile sans véritable bataille
Après huit années à la tête de la Fédération béninoise de football, Mathurin de Chacus s’apprête à céder les commandes. La succession devrait se faire sans véritable bataille électorale, puisque la liste « Ensemble, visons plus haut », conduite par Marcellin Bocovè, est désormais la seule en lice pour le scrutin.
Membre du Comité exécutif sortant depuis 2018, Bocovè connaît donc de l’intérieur les réalités du football béninois ainsi que les réformes engagées ces dernières années. Cette connaissance du terrain devrait lui permettre de ne pas confondre continuité et immobilisme.
En effet, le football béninois a connu des avancées dans sa structuration, notamment avec la réforme du championnat et le passage à une ligue professionnelle de 18 clubs. Mais à quoi servent les réformes si elles ne permettent pas, à terme, d’avoir de meilleurs clubs, de meilleures sélections et davantage de joueurs formés capables de s’imposer au haut niveau ?
Les sélections nationales au cœur des attentes
S’agissant des sélections nationales, et particulièrement des Guépards A, le constat est encore plus sensible. Le plus beau parcours de l’histoire des Guépards reste celui de la CAN 2019, lorsque le Bénin avait atteint les quarts de finale. Depuis, cette performance demeure une référence, mais aussi une sorte de plafond que le football béninois n’a pas encore réussi à dépasser.
La sélection nationale a donc besoin de décisions fortes et courageuses. L’une des questions qui revient régulièrement concerne le renouvellement de l’effectif. Le maintien de certains joueurs expérimentés peut évidemment avoir son utilité, mais une sélection nationale ne peut pas fonctionner durablement sur la seule base du passé.
Lorsque l’âge, la forme sportive ou le niveau de compétition ne justifient plus une présence régulière, le statut ou le passé international ne devraient pas constituer un passe-droit.
Même exigence concernant les championnats dans lesquels évoluent les internationaux. Porter un maillot dans un championnat étranger ne devrait pas automatiquement constituer un gage de supériorité. Certains Guépards qui évoluent hors d’Afrique se retrouvent parfois dans des compétitions dont le niveau n’est pas nécessairement supérieur à celui du championnat béninois, mais ceux-ci sont régulièrement convoqués.
L’étiquette de « joueur évoluant à l’étranger » ne devrait donc pas remplacer l’évaluation objective du niveau, de la forme et de la régularité. Le principe devrait être simple : les meilleurs du moment doivent être sélectionnés, même s’ils jouent encore au Bénin.
La sélection nationale doit redevenir un espace où la performance prime sur le nom, le passé, le club ou le pays dans lequel évolue le joueur.
Les clubs, autre grand chantier
Les clubs béninois éprouvent encore de grandes difficultés à franchir les tours préliminaires des compétitions africaines. Le problème n’est donc plus seulement celui de la qualification à ces compétitions, mais celui de la capacité à y rester suffisamment longtemps pour représenter véritablement le football béninois.
La prochaine campagne continentale offrira d’ailleurs un nouveau test. L’AS Sobemap et l’ASPAC FC représenteront le Bénin dans les compétitions africaines 2026-2027, avec l’ambition de faire mieux que les précédentes expériences béninoises.
Mais il serait injuste de faire peser toute la responsabilité sur ces deux formations. Leur performance sera aussi le reflet de la solidité du système sportif béninois. Le nouveau bureau devra donc veiller à créer les conditions permettant à ces clubs de représenter valablement le Bénin sur la scène continentale.
La Coupe du Bénin doit retrouver sa place
Autre dossier : la Coupe du Bénin. Son retour avait suscité de l’intérêt après plusieurs années d’interruption. L’édition 2025-2026 avait même été lancée avec le tirage au sort du premier tour. Mais la compétition a finalement été annulée.
Cette situation ne devrait pas devenir une habitude. Une Coupe nationale est indispensable à la vitalité d’un football. Elle permet aux clubs des différentes divisions de se rencontrer, offre une visibilité aux formations moins huppées et crée des opportunités pour de jeunes joueurs.
La Coupe du Bénin doit donc revenir, mais surtout revenir pour durer.
Passer de la continuité à une nouvelle étape
Le passage de De Chacus à Bocovè ne doit donc pas être seulement un changement de personne à la tête de la FBF. Il doit être l’occasion d’ouvrir une nouvelle étape pour le football béninois.
Le Bénin dispose de talents et désormais d’un championnat structuré. Ce qui manque peut-être désormais, c’est la capacité à faire des choix sportifs cohérents, parfois difficiles, et à inscrire les réformes dans la durée.
Le quart de finale de la CAN 2019 ne doit plus rester le sommet auquel on se réfère. Le prochain mandat de la FBF aura donc une obligation de résultat. C’est à cette condition que « viser plus haut » pourra devenir autre chose qu’un simple slogan électoral.
✍️ Nawas TOUGLO
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