Le phénomène de l’exploitation domestique des enfants, bien qu’il soit depuis plusieurs années le champ de bataille pour plusieurs organisations, institutions et ministères, semble encore d’actualité au Bénin. Le cas alarmant d’un jeune garçon de 9 ans, rencontré récemment en pleine vente d’eau fraîche par la rédaction du quotidien Baruka Info, en est une preuve palpable.
Le soleil tape fort sur les artères de Parakou ce jour-là. Au milieu de la foule du parc routier du quartier Albarika, un petit garçon zigzague entre les passants, un plastique à la tête. Il propose des sachets d’eau fraîche. Il a 9 ans. Ses habits sont sales et déchirés, ses chaussures finies et trouées, il les a raccommodées avec des pointes. Une scène ordinaire devenue tristement banale. Une scène pourtant inacceptable dans un pays comme le Bénin qui a inscrit la protection de l’enfant dans ses lois et qui en a fait son champ de bataille.
Approché, au-delà de son commerce, l’enfant se montre d’abord timide. Puis, il parle. Il vit avec sa grand-mère, explique t-il. C’est elle qui lui a demandé de sortir pour vendre l’eau. Pas pour s’amuser, ni pour aider ponctuellement, mais pour contribuer au quotidien familial. Il précise que l’eau vient du réfrigérateur de sa grand-mère. Ce détail change tout. Car on ne parle pas ici d’un commerce improvisé, mais d’une stratégie mise en place depuis la maison. Ce frigo, symbole de confort, crée un contraste avec les sandales abîmées de l’enfant. Comment accepter que dans une maison assez stable pour avoir de l’électricité et un réfrigérateur, un enfant soit réduit à ce rôle de vendeur de rue ? Pire, avec des vêtements et chaussures très usés.
Le Bénin a ratifié la Convention des droits de l’enfant, qui stipule que tout enfant a droit à l’éducation, à la protection contre le travail économique précoce, et à une vie digne. De plus, la loi n°2015-08 portant Code de l’enfant en République du Bénin interdit clairement toute forme de travail pour les enfants de moins de 14 ans, sauf dans un cadre strictement familial, éducatif et non lucratif. Ainsi, mettre un enfant de 9 ans dans la rue pour vendre de l’eau, même si c’est pour aider, constitue une infraction à la loi.
L’histoire de ce garçon doit nous déranger. Elle doit réveiller en nous un devoir d’humanité et de solidarité. Ce garçon n’est pas seul. Ils sont des centaines, peut-être des milliers, à vivre la même réalité. Derrière chaque sachet d’eau, chaque plateau de condiments ou de beignets, il y a parfois une enfance sacrifiée. Le travail des enfants n’est pas seulement une statistique. C’est un combat qui nous interpelle tous.
✍️ Nawas TOUGLO
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