Le karité, une culture importante, tant sur le plan économique que social, employant environ 4 millions de femmes et générant environ 600 millions de dollars de revenus annuels au niveau communautaire en Afrique de l’Ouest. Selon la FAO, le Bénin est l’un des principaux producteurs de karité en Afrique de l’Ouest, avec une production annuelle de plus de 100 000 tonnes. Le karité représente environ 10% des exportations totales du Bénin, ce qui en fait une source importante de devises étrangères pour le pays. Cependant, au Bénin, le gouvernement envisage d’interdire son exportation. Une décision qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les femmes rurales qui dépendent de cette culture pour leur revenu.
En effet, les femmes rurales seront les principales victimes de l’interdiction de l’exportation du karité. Elles représentent 90% de la collecte et se situent au bas de la chaîne de valeur. La collecte du karité offre aux femmes une opportunité d’ascension économique, mais l’interdiction de l’exportation pourrait leur faire perdre ce privilège qui contribue jusqu’à présent à leur émancipation telle que souhaitée. Selon les estimations, si la valeur des exportations de noix de karité du Bénin s’élève à 150 millions de dollars, les femmes rurales perdront 75 millions de dollars par saison en raison de l’interdiction d’exportation. De plus, l’interdiction de l’exportation du karité pourrait également entraîner la formation d’un cartel et l’exploitation financière des femmes rurales par les transformateurs locaux. Les industries locales pourraient donc former un monopole et fixer les prix du karité à leur avantage personnel, ce qui réduirait considérablement les volumes d’amandes de karité et leur disponibilité pour tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement.
Au lieu d’interdire l’exportation du karité, le gouvernement béninois pourrait prendre des mesures pour améliorer la qualité des noix de karité et dispenser des formations aux collectrices pour une récolte et un stockage durables. Pour améliorer les conditions des collectrices, il est important de les aider à accéder à des outils technologiques qui leur permettront de mieux conserver leurs produits et d’éviter de vendre dans l’urgence. Leur offrir des crédits ou des aides spécifiques leur donnerait aussi la possibilité de s’impliquer davantage dans les maillons les plus profitables de la filière.
L’interdiction de l’exportation du karité pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les femmes rurales qui dépendent de cette culture. Il est essentiel que le gouvernement béninois prenne en compte les impacts potentiels d’une telle décision et cherche des alternatives pour améliorer la qualité des noix de karité et valoriser les femmes collectrices. Les intérêts commerciaux ne doivent pas primer sur les besoins et les droits des femmes rurales qui ont vécu de cette culture pendant des siècles.
✍️ Nawas TOUGLO
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