À quelques mois des législatives de 2023, les différents partis politiques s’activent sur le terrain dans le but de réunir le maximum de partisans capables de les portés à l’hémicycle béninois. Après son retour sur la scène politique, le mouvement EnCoRe qui semble rester en marge de cette ébullition politique n’en demeure pas pour autant inactif. Avec son soutien accordé au parti GSR qui tente de s’affirmer dans les faits en tant que leader de l’opposition béninoise, le Dr Nadin Tayéwo Kokodé, leader du mouvement, ne s’en lasse pas de crier haut et fort que l’opposition béninoise, notamment le GSR sera dans l’hémicycle en 2023. Au détour d’une interview accordée à la rédaction de Baruka Infos, il s’exprime.
La rédaction: Bonjour Dr Nadin Tayéwo KOKODÉ, j’espère que vous allez bien en ce jour de Tabaski ?
Nadin Tayéwo: Bonjour à vous aussi chers amis. Tout va bien grâce à Dieu et aux mânes de nos ancêtres. Je profite pour souhaiter bonne fête à tous les musulmans du Bénin et du monde entier, et à tous les béninois qui fêtent ou profitent pour se reposer un peu. Que la paix soit avec tout le monde et que Allah guide nos pas.
C’est aussi ici le lieu de penser à nos compatriotes du septentrion qui vivent dans la peur de l’insécurité transfrontalière et qui ont du mal à fêter sereinement. Vivement que le vrai terrorisme soit maîtrisé dans la sous-région et que la paix revienne définitivement dans notre pays de ce point de vue.
La rédaction: En cette période d’effervescence politique, on ne vous entend presque pas, est-ce normal ?
Nadin Tayéwo: C’est vrai que je me suis fait quelque peu discret, après avoir annoncé au peuple béninois surtout à l’opposition le 16 avril dernier qu’il fallait qu’elle se prépare pour les législatives de 2023. Cela m’a valu bien des foudres des opposants en paillettes des réseaux sociaux. Mais le temps nous donne déjà raison.
En réalité, je me suis entre-temps occupé de ma plainte déposée contre l’État béninois en janvier passé auprès du Conseil des Droits de l’Homme à Genève . On est aussi sur le terrain à l’intérieur du pays de façon discrète et efficace pour qu’en 2023 la démocratie de notre pays ressuscite à travers les urnes et que notre Assemblée nationale retrouve des couleurs. Vous ne nous entendez pas beaucoup, mais nous ne chômons pas pour autant.
La rédaction: Parlant de cette plainte au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies où en êtes vous Docteur ?
Nadin Tayéwo: J’ai récemment entendu un ministre de la République débiter des boniments selon lesquels il n’y a pas de prisonniers politiques au Bénin. Quelle arrogance ! Nous n’avons pas réagi parce qu’ils n’attendent que cela pour nous envoyer au bagne. Mais pour débiter de telle sornettes il faut avoir perdu la raison. Je le dis en qualité. L’une des raisons d’être de notre plainte, c’est justement de mettre fin à ce genre de propos qui irritent les victimes et leurs familles. Trente et deux ans après la Conférence des Forces vives de la Nation, le Bénin ne devrait plus être en train de parler du respect des Droit de l’Homme et des libertés. On était vaille que vaille déjà sur le bon chemin. Nous avons fait une bonne reculade.
Ma plainte portait sur quatre aspects : la lumière sur tous les morts autour de la période pré à post électorale législative de 2019 et de la période pré à post électorale présidentielle de 2021 au Bénin, afin que justice soit rendue aux victimes et à leurs familles; la libération sans condition de tous les prisonniers politiques afin que justice soit aussi rendue pour toutes les incarcérations abusives; le retour sans condition au Bénin de tous les exilés politiques, même s’ils ne contribuent en rien à notre lutte pour eux et les poursuites judiciaires contre tous les auteurs et complices d’exaction envers les citoyens béninois.
Pour l’instant, il n’y pas un début de commencement de réponse à ces questions. Notre plainte suit donc son cours et nous irons jusqu’au bout, même si tous les détenus politiques étaient libérés aujourd’hui et que l’Assemblée nationale devenait par miracle suffisamment représentative en janvier 2023.
L’objectif même de cette plainte est donc de décourager définitivement tous les aventuriers qui pensent que le Bénin peut être le terrain de jeu où ils viennent assouvir leur soif de pouvoir, réaliser leur passion de « terrorisme d’État » et régler leurs querelles personnelles.
Au final, aucun résultat aujourd’hui ne corrobore une telle violence. Aucune réalisation ne justifie la mise à mort de notre démocratie, même pas les fameuses routes dont on parle dans Cotonou et qui à l’épreuve de quelques pluies diluviennes deviennent des marécages. La semaine passée des gens pêchaient encore au bord de la route entre Pk3 et chez moi. En rentrant chez vous, vous verrez que les nasses y sont encore. Bref ce gouvernement a terrorisé le peuple pour enfin lamentablement échouer sur tous les plans : de la violence gratuite. C’est à ce genre d’aventurisme qu’il faut mettre fin. Plus jamais cela. C’est bien pourquoi, même si personnellement nous accédions à la magistrature suprême demain, nous ferons prospérer cette plainte afin que , plus jamais, nul au Bénin ne se sente au dessus des lois, ni nationales ni internationales.
La rédaction: Parlant d’accession à la magistrature suprême, vous n’avez visiblement pas lâcher l’affaire. Actuellement, quelle est la position de votre mouvement sur l’échiquier politique national ? Êtes-vous de l’opposition ou de la mouvance?
Nadin Tayéwo: Je suis personnellement et sans ambages opposant au régime dictatorial qui dirige le Bénin depuis plus de six ans maintenant . Je me suis néanmoins senti impuissant face à la ruse mais surtout à la rage dévastatrice qu’ils ont violemment déployées pour réprimer toute forme d’opposition. J’ai donc appliqué un des principes basiques de l’art de la guerre : battre en retraite au bon moment pour réapparaître au moment opportun.
Et pourtant, je puis vous affirmer , que nous ne faisions rien d’illégal ou de répréhensible. Mais le terrorisme d’État était à un tel point que c’était la prison où le repli tactique. Je n’ai jamais déserté le terrain. Nous sommes toujours en action, bien mobilisés et plus nombreux que jamais. La confrontation politique idéale pour un homme politique , c’est avant toute chose le combat dans les urnes. J’espère donc un éclat de lumière au plafond terne de nos gouvernants pour des élections libres et transparentes. Ce n’est pas gagné mais nous allons les y contraindre d’une manière ou d’une autre pour 2023.
Pour y arriver, il faut se conformer à leurs règles. Comme vous le savez Ensemble Construisons notre République (EnCoRe) n’est pas un parti politique, et ne peut donc pas faire peser en l’état ses arguments dans la balance. Nous sommes un Mouvement politique membre du Front pour la Restauration et la Démocratie (FRD) . Et le Front n’a pas été structuré pour les législatives. Raison pour laquelle nous ne sommes pas aptes à faire ce combat avec le Front.
EnCoRe, a sur la base de plusieurs critères objectifs, décidé de rejoindre le Parti Grande Solidarité Républicaine (GSR), un des trois partis du Front. Il s’agit d’un jeune parti, bien structuré, avec un Président GUÉDOU, de la vieille école, très exigeant, très impartial et très dynamique. C’est une bonne école pour les jeunes qui veulent grandir et aspirent un jour diriger ce pays avec de bons principes.
Voilà pourquoi nous avons déposé nos valises au GSR, dans l’espérance que les populations béninoises nous aident à transformer l’essai dès l’Épiphanie 2023.
La rédaction: Vous êtes en train de nous dire là, que pour les législatives du 08 janvier 2023 qui approchent à grands pas, les populations béninoises devraient compter avec le Parti GSR. Quelle est donc la place du GSR face à des machines comme l’UP, le BR, le FCBE, le PRD, mais surtout le Parti les Démocrates, mastodonte de l’opposition ?
Nadin Tayéwo: Il me semble que le Conseil National du parti GSR qui s’est tenu le 30 juin 2022, a pris la mesure de tout ceci et que le communiqué final a été clair. Le GSR sera aux élections législatives de 2023. L’annonce définitive sera certainement faite d’ici le 30 septembre 2022 au plus tard. Mais, je pense qu’il s’agit d’un secret de Polichinelles.
La population béninoise veut une opposition crédible, à qui elle puisse donner sans le moindre soupçon ses suffrages en 2023. Il n’y a pas mieux que le GSR à mon humble avis sur l’échiquier national en ce moment pour porter l’estocade aux deux partis gouvernementaux. Mieux, le Président GUÉDOU respire et inspire la confiance sur le plan national et international, de même qu’il semble privilégier l’intérêt supérieur de la Nation béninoise. En moins d’un an GUÉDOU a montré son leadership en bon père de famille mais intransigeant sur les principes. Notre pays a besoin d’une opposition forte mais surtout d’une opposition qui prêche la paix, le pardon mutuel et la cohésion nationale.
Il y a quelques temps encore, l’opposition était un peu frileuse, entre le désir de demander la correction d’une loi électorale liberticide et la peur d’une nième révision inopportune. N’oubliez pas que nous sommes devant un gouvernement qui ne recule devant rien. Souvenons-nous que pour faire taire tous les partis politiques de l’opposition en 2019, deux lois ont été fabriquées et promulguées à 6 mois et quelques jours des législatives, respectant les délais mais pas l’esprit du protocole A/SP1/12/01 additionnel de la CEDEAO sur la Démocratie et la bonne gouvernance dans notre espace. Il s’agissait de la loi 2018-31 du 03 septembre 2018 portant Code électoral en République du Bénin et la loi 2018-23 du 17 septembre 2018, portant charte des partis politiques en République du Bénin.
Vous vous souviendrez aussi que dans les mêmes conditions 6 mois 8 jours avant les élections communales de 2020, le Président de la République promulgue, le 15 novembre 2019, la loi 2019-43, portant nouveau code électoral qui portait en son sein, les germes d’une nouvelle crise électorale.
Devant tous ces antécédents, il convenait d’attendre la date du 07 juillet 2022 pour être sûr d’être à l’abri d’une nouvelle lubie législative du partie au pouvoir.
Chat échaudé comme on dit craint l’eau froide. Pour une fois le protocole additionnel est respecté. Nous ne sommes néanmoins pas à l’abri d’une loi rectificative comme lors des communales de 2020. Je pense qu’ils n’oseront pas. Nous ne sommes pas dans un match amical. Nous ne sommes pas le FCBE pour les laisser faire sans broncher. Mieux vaut que les choses soient d’emblée claires, et que nos dirigeants sachent que nous ne serons pas des faire valoir lors des prochaines législatives.
Reste, les motifs fallacieux pour nous éliminer de la course aux législatives 2023, de même que le bourrage des urnes pour garder à l’AN que les partis gouvernementaux. Mais cela ne sera pas aussi facile qu’ils le croient. Nous sommes prêts à l’affrontement électoral dans les règles de l’art démocratique. Chacun n’a qu’à bien se tenir, on ne nous marchera pas dessus cette fois-ci. On ne volera pas la victoires peuple en 2023.
En somme il n’y a aucune raison pour que le GSR ou tout autre parti de l’opposition ne se présente aux élections législatives de 2023. Nous, nous serons avec le GSR, pour cette aventure qui s’annonce palpitante pour que revienne à la vie la démocratie béninoise.
La rédaction: Espérez-vous réellement que le GSR puisse être à l’Assemblée Nationale en 2023 avec cette barre fatidique de 10% ?
Nadin Tayéwo: Je ne fais pas que l’espérer, j’en suis certain. C’est vrai que le peuple béninois est dans une sorte d’ambivalence actuellement, d’une part terrorisé mais conscient de la nécessité du changement, d’autre part esclave d’un tapage médiatique sur « lesdits » travaux du gouvernement de la Rupture : des travaux d’Hercule, une vraie légende. Les béninois ne veulent plus vivre dans la légende, ils veulent du concret. Ils ne veulent plus vivoter ils veulent eux aussi jouir de la vie, manger à leur faim, se soigner convenablement, se déplacer sans peur et avoir des loisirs sains comme tout être humain. Ça le gouvernement de la Rupture n’en a pas la formule. Mais cela ne se donne pas, cela s’arrache. Et janvier 2023, est l’ultime occasion avant les présidentielles de 2026, pour sortir de la dictature au Bénin.
Nous ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Les partis siamois en 2023 auraient eu cinq ans d’avance sur le terrain, ça va être dur à combler.
De même ces partis sont financés par les deniers publics. Nous nous devons nous débrouiller. Voilà bien de handicaps avant le début du match, dans une poignée de semaines, sans oublier que nous n’avons aucun contrôle sur le scrutin en dehors des bureaux de vote. Mais , nous n’abdiqueronts pas. C’est David contre Goliath en somme ; l’histoire se répètera. Nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle pour cet ultime combat pour la démocratie.
La rédaction: Nous retenons donc que vous rejoignez le GSR avec force et détermination. Tout le mal que nous vous souhaitons est que votre rêve devienne réalité. Serez-vous vous-même candidat ?
Nadin Tayéwo: Sauf cas de force majeure, je pense que nous avons ce qu’il faut de citoyens et citoyennes talentueux et aguerris pour battre n’importe quel parti au Bénin. Ce n’est pas dans mes ambitions à l’heure actuelle. Mais je suis un ouvrier au service du Bénin. S’il faille aller aux élections même locales ou être chef de quartier pour servir mon pays, je répondrai à l’appel des électeurs. J’ai encore du temps pour réfléchir.
La rédaction: Permettez-nous d’aborder un peu l’actualité nationale, notamment les questions orales au gouvernement qui pleuvent ces temps-ci. Qu’en pensez-vous ?
Nadin Tayéwo: Ce sont des chorégraphies d’agonisants. Du cinéma en somme. Ils auraient dû se réveiller plus tôt et exercer leur devoir d’élus de la nation, qu’ils nous auraient épargné les tueries des élections présidentielles de 2021. Vous me permettrez de ne pas m’appesantir sur un non événement. Ils n’ont aucune possibilité de contrôler ceux qui les ont nommés. Passons à autre chose.
La rédaction: Que pensez-vous alors de la démission des Femmes Leaders du Bénin du parti UP ?
Nadin Tayéwo: Ça c’est ce qu’on attend des femmes au Bénin : avoir le courage de leurs opinions et de leurs positions. Je ne connais pas la nature du conflit qui oppose Dame de Souza et son groupe de femmes à l’UP, mais cela ressemble une à belle claque, une humiliation infligée au grand timonier national. C’est aussi la preuve que le vieillissant Président de l’UP ne fait plus peur. Quelle que soit la suite de cette affaire, l’acte est très symbolique et devrait en inspirer d’autres.
La rédaction: Parlons un peu maintenant de la décrispation, et des différentes rencontres entre le Président Patrice Talon et ses prédécesseurs de même qu’avec certaines personnalités, présidents d’institutions. Cela suscite t’il chez vous quelques espoirs pour l’avenir du pays ?
Nadin Tayéwo: J’aurais bien aimé, mais tout ça est calculé pour apaiser la communauté internationale. Vous savez les béninois sont tous d’excellents politologues sur Facebook Twitter et Whatsapps. Ceux d’entre-nous qui éclairons la communauté internationale savons que tout se joue ailleurs.
À mon humble avis, le Président de la République ne souhaite visiblement aucune décrispation. Il négocie au gré de ses intérêts avec des individus. Les cas sont légion, de Nicéphore SOGLO à Lionel ZINSOU en passant par Boni YAYI. Il s’agit de la bonne vieille méthode du diviser pour régner.
Ensuite, nos deux anciens présidents ont sciemment ou non plombé notre lutte en s’accaparant un leadership dont ils n’avaient plus besoin. Il s’agit de deux égoïstes qui n’en n’ont rien à foutre du sort du peuple béninois. Donc chers amis, en face d’autant d’intérêts personnels, aucune décrispation ne se fera. Non, c’est du pipeau tout cela. Mais toute initiative étant bonne à prendre, espérons que j’aie tort.
Le seul signe de décrispation possible c’est la libération sans conditions des détenus politiques, Réckya Madougou et Joël Aïvo en tête. De grâce , pas de grâce présidentielle, nous les voulons libres sans conditions et maintenant. S’ils sont libérés demain je passerai par ce même canal pour féliciter les différents médiateurs.
Mais le ministre de la justice vous l’avez dit plus haut , aurait affirmé récemment qu’il n’y a pas de détenus politiques au Bénin.
C’est la voix de son maître. Je n’ai pas de commentaire à faire sur des fadaises.
La rédaction: Un commentaire alors sur la saisine des biens de Sébastien Ajavon? On parle d’une affaire de 169 milliards.
Nadin Tayéwo: J’ai éprouvé un sentiment de tristesse pour mon pays vue la façon dont s’est déroulée cette affaire.
Il y avait beaucoup de testostérone dans l’air, des muscles bandés à l’extrême de part et d’autre.
Je ne connais pas le fond de l’affaire, mais on aurait pu éviter au Bénin une telle humiliation. Vous savez le ridicule ne s’arrête jamais à une seule personne. Mais, lorsque vous avez une justice aux ordres, aucune conciliation n’est possible.
Notre pays, dans cette affaire s’est comporté tel un État voyou comme le disait jadis le locataire actuel de la Marina. C’est au peuple de les censurer, ce n’est pas à nous de les juger.
La rédaction: Un mot pour conclure ce bel entretien Dr KOKODÉ
Nadin Tayéwo: Ce fut un plaisir d’échanger avec vous chers amis journalistes. J’exprimerai d’abord deux vœux, qui j’espère ne demeureront pas pieux. D’une part que les détenus politiques soient tous libérés sans conditions, d’autre part que les législatives soient une vraie fête dans tout le Bénin. Le gouvernement en sortira grandi et pourrait engranger plus de fruits que dans sa rigidité actuelle.
Je demanderai enfin au peuple béninois d’apaiser son cœur, nous nous battrons pour être présents sur la liste de départ des législatives de 2023 aux côtés du GSR, et pas pour aller faire de la figuration. Nous nous battrons avec nos armes de façon pacifique. Mais si l’on nous marche dessus nous serons prompts à réagir selon les lois qui nous gouvernent. Nous avons assez courbé l’échine par respect à la République, nous sommes désormais debout par ce même respect et pour défendre notre drapeau national. Merci à vous et à très bientôt !
✍️La rédaction
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