Dans les zones rurales du Bénin et de toute l’Afrique de l’Ouest, la collecte du karité est bien plus qu’une activité saisonnière : elle constitue un pilier de l’économie domestique et un vecteur d’autonomisation pour des millions de femmes. À elle seule, cette activité génère environ 600 millions de dollars par an au niveau communautaire et représente jusqu’à 12 % du revenu familial dans les ménages concernés.
Aujourd’hui, ce modèle est menacé. L’éventualité d’une interdiction d’exporter les noix de karité fait planer une ombre sur un secteur dominé à 90 % par des femmes, souvent situées au bas de la chaîne de valeur. Une telle mesure risquerait d’accentuer les inégalités, en fragilisant davantage les conditions de vie de celles qui dépendent du karité pour survivre.
En Afrique de l’Ouest, plus de 16 millions de femmes vivent de la collecte, de la transformation et de la commercialisation du karité. Cette activité leur permet non seulement de subvenir aux besoins de leurs familles, mais aussi d’exercer une certaine autonomie dans les prises de décision au sein des foyers. Le karité constitue une source essentielle de revenus en espèces, notamment pendant la période de soudure, lorsque les autres sources de revenus se font rares. Il peut représenter jusqu’à 32 % des liquidités disponibles des ménages.
Au-delà de l’aspect économique, le karité apporte des bienfaits en matière de nutrition, de santé, d’épargne et d’emploi local. Il participe également à renforcer la résilience des communautés rurales face aux chocs climatiques et à l’insécurité alimentaire.
Mais si une interdiction d’exportation est mise en œuvre, ce sont ces femmes, souvent invisibles dans les statistiques officielles qui en paieront le prix fort. Sur les 150 millions de dollars que représentent les exportations de noix de karité pour le Bénin, jusqu’à 75 millions pourraient échapper aux mains des femmes rurales au profit de seulement deux ou trois transformateurs locaux. Ces derniers, qui n’emploient qu’une poignée de salariés, pourraient établir un monopole, faisant chuter drastiquement les prix, parfois jusqu’à la moitié de leur valeur actuelle sur le marché international.
Face à cette menace, les collectrices pourraient tout simplement cesser leurs activités, faute de débouchés rentables. Une telle décision aurait des conséquences en cascade sur toute la chaîne d’approvisionnement, réduisant la disponibilité des amandes de karité, affectant l’industrie locale et affaiblissant une économie déjà fragile.
Les autorités sont donc appelées à la prudence. Plutôt que d’instaurer des mesures restrictives, les spécialistes recommandent de renforcer les capacités des femmes collectrices : accès au crédit, acquisition de technologies de stockage, formations à la récolte durable et à l’amélioration de la qualité des noix.
Il est aussi urgent d’éviter toute tentative de cartel industriel qui priverait les femmes des fruits de leur labeur. Le développement du secteur doit rester inclusif, transparent et respectueux des réalités socio-économiques locales.
À l’heure où le karité incarne un espoir d’émancipation pour des millions de femmes, il serait tragique que des décisions mal avisées viennent briser cette dynamique. Le gouvernement est invité à envisager des solutions qui placent les communautés rurales au cœur de la stratégie nationale pour le développement de cette filière précieuse.
La rédaction
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