Les Violences Basées sur le Genre (Vbg) gangrènent nos sociétés. Elles impliquent hommes et femmes dans une profonde discorde qui engendre très souvent de lourdes conséquences. Elles ne se limitent pas aux coups visibles, elles s’infiltrent dans les esprits, détruisent l’estime de soi et fragilisent la santé mentale des victimes. Derrière le silence et la honte, hommes et femmes portent des blessures invisibles qui appellent à une prise de conscience collective.
En effet, les violences basées sur le genre se manifestent sous des formes multiples, allant de l’agression physique aux discriminations plus insidieuses, toutes méritant d’être nommées pour mieux être combattues. Il y a les violences physiques qui se traduisent par des blessures corporelles, les violences psychologiques ou morales qui se manifestent par l’intimidation et les menaces de toutes sortes, les violences sexuelles telles que le viol, le harcèlement ou les attouchements, les violences patriarcales qui privent la femme de son droit à l’héritage, les violences économiques où l’on refuse à la femme d’exercer une activité génératrice de revenus, et enfin les violences facilitées par la technologie, où certains profitent des outils numériques pour harceler ou violenter femmes et jeunes garçons.
Ces différentes violences ne sont pas sans conséquence sur la psychologie humaine. Selon la psychologue, conseillère conjugale et promotrice de l’école de vie de couple, Isabelle Gandaho Kindjinou, elles laissent des séquelles psychologiques très lourdes. Elles ne marquent pas toujours le corps, mais elles infligent de profondes blessures dans la tête et dans le cœur. Au quotidien, surtout dans la vie de couple, la victime vit dans la peur, le stress permanent et une insécurité émotionnelle constante. Femme ou homme, la personne violentée finit par douter d’elle-même : « Est-ce que c’est moi le problème ? ». Peu à peu, elle en vient à croire qu’elle mérite ce qu’elle subit.
Chez certains hommes victimes de violences psychologiques ou verbales, on observe beaucoup de silence et une grande honte, car la société africaine a inculqué qu’un homme ne pleure pas, qu’un homme ne se plaint pas. Les symptômes sont nombreux, nuits blanches, insomnies, pensées obsédantes à 2h ou 3h du matin, anxiété, crises de panique, irritabilité telle que le simple bruit d’une cuillère devient insupportable. Dans la vie de couple, ces symptômes se traduisent souvent par l’évitement, rentrer tard à la maison, multiplier les réunions au bureau, inventer des missions. Ces conséquences engendrent hypertension, maux de tête, fatigue chronique, palpitations et bien d’autres. Quand l’esprit souffre trop longtemps, le corps finit par tirer la sonnette d’alarme.
Pour se remettre psychologiquement de ces violences, la première étape est de reconnaître la violence, savoir qu’on est malade, se rendre à l’hôpital et demander de l’aide. La deuxième étape est de parler, sortir du silence et se faire accompagner. Le soutien psychologique aide à sortir de l’emprise, à reconstruire l’estime de soi et à reprendre le contrôle de sa vie, surtout de sa vie émotionnelle. Dans certains cas, un accompagnement conjugal est possible, mais seulement si la violence est reconnue et que le changement est réel. Sinon, la priorité reste la protection de la victime.
Pour la psychologue, femme ou homme, guérir d’une violence basée sur le genre est possible. Mais cela demande du temps, du soutien et surtout un environnement sécurisé. La violence basée sur le genre ne détruit pas seulement des relations, elle détruit des vies. Briser le silence, c’est déjà commencer à sauver quelqu’un.
Plusieurs processus sont mis en place pour dénoncer les cas de Vbg, a expliqué Ekoué Rosalie, responsable du guichet unique de protection sociale de la ville de Parakou. On peut citer le numéro vert du ministère des Affaires sociales et de la Microfinance le 138, le numéro vert de l’Institut National de la Femme (Inf) 144, un autre numéro disponible 0151078888, ainsi que le numéro vert de la police 166. En dehors de ces numéros, il existe d’autres méthodes de dénonciation, telles que les comités de veille déjà présents à Parakou, ou l’association Les Hommes s’engagent, qui mène des sensibilisations un peu partout. Ces dénonciations peuvent se faire sous anonymat.
Par ailleurs, la responsable du guichet unique de protection sociale a invité les victimes à toujours signaler les cas auxquels elles sont exposées, en évitant le règlement à l’amiable. Elle a également encouragé les femmes à apprendre un métier de leur choix afin de participer aux charges du ménage. Aux auteurs, elle a rappelé que les textes de loi ne sont plus dans les tiroirs, mais bel et bien sur la table.
Pour pallier ces cas de Vbg, il est essentiel de renforcer les mécanismes de sensibilisation. Briser le silence, c’est déjà commencer à guérir. Mais au-delà des mots, c’est l’action concertée, sensibilisation, dénonciation et application des lois qui permettra de transformer la douleur en espoir et de bâtir une société où la dignité humaine ne sera plus négociable.
✍🏼Léonel AGALATI
BARUKA MEDIA, vivez l’information autrement
☎️+229 0197423112
![]()