Au Bénin dans le département des collines et précisément à Dassa, le Goumbé est un rythme qui se particularise par son originalité et l’engouement remarquable que porte la communauté à son égard. Sa présence sur la terre Idaasha remonte à plusieurs années en arrière et aujourd’hui, plusieurs artistes continuent de le perpétuer en y apportant diverses innovations. Découvrez donc les contours de ce rythme par le biais de votre journal.
À l’instar de tous patrimoine culturel, le Goumbé a aussi une histoire originelle qui lui est propre. En effet, depuis des années avant son arrivée sur la terre Idaasha des collines, le rythme a pris sa source première au Nord du Bénin et était pratiqué par les ressortissants de cette région. Il se jouait simplement avec les deux mains et à un rythme accéléré. Cependant, après l’avoir découvert chez les Nordistes, le « feu » OLIWORO, un artiste traditionnel de l’époque, originaire de Kèrè, un village de la commune de Dassa-Zoumé, l’a exporté dans les collines en y apportant des innovations pour améliorer la sonorisation et lui donner un aspect nouveau. Grâce à son talent de créativité, « OLIWORO », aujourd’hui reconnu entant que précurseur du rythme, a été inspiré, après avoir vu ce tam-tam, et a pensé qu’en y ajoutant le battement de talon à ceux des mains et en ralentissant un peu le rythme de battement, cela donnerait un fond sonore basique au tam-tam. C’est ainsi que le rythme Goumbé a été adopté par les Idaashas des collines et a cessé d’être joué simplement avec les deux mains pour devenir un autre Goumbé dont le tam-tam principal posé sous forme de tabouret qui sert de séant au batteur, se joue avec les deux mains et le talon simultanément. Chez les Nordistes à l’époque, la dénomination du rythme était toujours « Goumbé » mais à l’oral, la prononciation diffère de celle des gens du centre Bénin. Hormis le tam-tam principal qui donne de vibration au rythme, nous avons un autre plus petit appelé « Omonkélé » qui accompagne le grand et permet de varier et d’adoucir le fond sonore. Ces deux tambours sont entourés de d’autres instruments comme : les castagnettes appelé « Acatcha » qui détermine la vitesse du rythme et deux gons différents dont l’un est appelé « Agogo Akor » qui veut dire gon mal et l’autre « Agogo Inan » qui veut dire gon femelle. Les deux combinés ajoutent un son assez fine au rythme. À tous ces instruments viennent s’ajouter les battements de mains qui accélèrent la fréquence du rythme et motive la danse avec le sifflet qui donne un aspect amusant à la musique. Au départ, le rythme Goumbé était une musique funéraire. En effet, c’est quand il y a un deuil dans une maison qu’on sortait le Goumbé pour aller effacer le stress de la famille éplorée mais aujourd’hui, avec la modernisation des choses, le rythme a perdu son aspect originel et on le retrouve dans toutes les manifestions festives. Cependant, il faut retenir que le Goumbé n’est associé à aucune divinité. Il ne se jouait dans aucun couvent comme l’enseignent certaines personnes. De ses premiers pratiquants jusqu’à aujourd’hui, le rythme n’a jamais été une musique liée à un quelconque dieu. Par conséquent, il ne peut être considéré comme une musique sacrée.
LA PRATIQUE DE LA DANSE ET LA MODERNISATION DU RYTHME GOUMBÉ
Pour danser le Goumbé, il faut être énergique parceque la danse demande le déploiement d’une énergie proportionnelle. Elle se pratique du haut vers le bas dans une rotation semi-circulaire des épaules de l’avant vers l’arrière et avec une inclinaison sur les jambes. Elle sollicite de celui ou celle qui l’exécute un effort supplémentaire et, selon que le danseur veuille impressionner ses spectateurs par des touches particulières, d’autres mouvements plus énergiques de hanche s’inventent dans la prestation. C’est alors qu’on voit le danseur de Goumbé dans un mouvement simultanément saccadé de thorax et de hanche sur une fréquence endiablé de l’ensemble des instruments préalablement cités. Qu’en est-il cependant de la pratique du rythme Goumbé de nos jours ?
Il est aisé de constater qu’aujourd’hui les choses ont évolué. La tradition cède place progressivement à la modernité et tout évolue selon le temps. C’est ainsi que le rythme Goumbé a aussi évolué avec des apports de d’autres instruments comme (le piano, la guitare) etc. Et sur plusieurs d’autres aspects comme la danse qui ne se pratique plus forcément telle qu’au départ. De nos jours, on constate que chaque acteur danseur sur scène esquisse les pas de la danse Goumbé selon son inspiration. Peu de personne arrivent à danser correctement le Goumbé comme celà se doit. En effet, après la mort de OLIWORO, le précurseur du rythme Goumbé, sa fille aujourd’hui reconnue à l’international sous le nom de Aline D a pris le relais de l’œuvre de son père et son émergence lui a valu aujourd’hui le titre de la « Reine de Goumbé ». À l’instar de sa fille, nous avons aussi les artistes de la jeune génération comme : Oboss-Kawar, Volcan des collines, pour ne citer que ceux là, qui continuent de s’investir à immortaliser le rythme en le modernisant à leur guise. Nous ne pouvons ne pas parler de la star internationale béninoise « Sessimè » qui a aussi prouvé son amour pour le rythme en faisant sortir un morceau sous le titre de « Goumbé sexy ». Lors d’une cérémonie de remise de prix aux meilleurs élèves des collines au CEP 2020 à Dassa-Zoumé, l’artiste Sessimè a déclaré : « C’est un rythme qui sonne bien. Quand je l’ai entendu pour la première fois, j’ai compris tout de suite qu’on peut encore le moderniser et le commercialiser à l’extérieur». Selon ses témoignages, son attirance par le rythme lui a poussée à se faire coacher par l’un des spécialistes du nom » Oboss-Kawar » pour enfin sortir son morceau intitulé le Goumbé sexy. Pour finir, il faut notifier que les étudiants Idaasha de l’UAC ont choisi le Goumbé entant que rythme de valorisation de leur identité culturelle en le pratiquant chaque jeudi à côté du Resto Bird de l’Université d’Abomey calavi. Nous y reviendrons dans notre prochaine revue sur le rythme Goumbé.
✍️Marc BATCHO
BARUKA MÉDIA, vivez l’information autrement
☎️+229 97423112
![]()